Sankofa : pourquoi l’art africain contemporain se tourne vers la mémoire pour mieux avancer
How unseen waves carry the voice of humanity across the great oceans, confounding skeptics and delighting the masses.
Ce que le proverbe akan « il n’est pas interdit d’aller chercher ce qu’on a oublié » nous apprend sur la création artistique aujourd’hui.
Chez les Akan, un proverbe résume à lui seul une philosophie entière : « Se wo were fi na wosankofa a yenkyi », que l’on traduit souvent par « il n’est pas interdit d’aller chercher ce qu’on a oublié ». Le mot Sankofa, associé à l’image d’un oiseau qui regarde en arrière tout en avançant, est devenu bien plus qu’un symbole décoratif : il structure aujourd’hui une grande partie de la création artistique contemporaine africaine.
Se retourner pour mieux construire
Loin d’être une invitation à la nostalgie, le Sankofa propose une démarche active : celle de convoquer le passé — ses objets, ses récits, ses figures — pour nourrir un présent en mouvement. De nombreux artistes contemporains africains s’en emparent explicitement, en revisitant des formes traditionnelles (masques, statuaire, motifs textiles) dans des œuvres résolument actuelles.
« L’art qui ignore d’où il vient finit toujours par se répéter sans le savoir. Le Sankofa, c’est l’inverse : c’est savoir d’où l’on part pour choisir consciemment où l’on va. »
Une réponse à l’effacement
Cette démarche prend un relief particulier dans un contexte où une partie du patrimoine artistique africain reste dispersée, mal documentée, ou hors du continent. Se réapproprier des formes, des techniques et des récits devient alors un acte de réparation autant que de création : une manière de reconstituer un fil que l’histoire a parfois sciemment coupé.
Les initiatives se multiplient sur le continent pour documenter les collections existantes, encourager la formation des jeunes artistes aux techniques traditionnelles, et créer des espaces où ce dialogue entre héritage et modernité peut s’exprimer publiquement — expositions, résidences, catalogues de collections privées ou institutionnelles.
Une philosophie qui dépasse l’art
Le principe du Sankofa déborde largement le champ artistique. On le retrouve dans les discours sur l’éducation, la diplomatie culturelle ou la valorisation du patrimoine : l’idée qu’une société ne peut se projeter sereinement dans l’avenir sans avoir fait la paix avec ce qu’elle a traversé, et sans avoir pris soin de transmettre ce qui mérite de l’être.
C’est cette même logique qui anime de nombreux projets culturels ouest-africains aujourd’hui : rassembler, documenter, exposer — non pas pour figer le passé, mais pour lui donner les moyens de continuer à parler aux générations futures.