Masques Gèlèdè : quand l’art yoruba célèbre le pouvoir des femmes
Masque Gèlèdè yoruba, conservé au British Museum. Photo : Wikimedia Commons.
Chez les Yoruba d’Afrique de l’Ouest — présents au Nigeria, au Bénin et au Togo — les masques Gèlèdè occupent une place à part dans le patrimoine rituel et artistique. Contrairement à de nombreuses traditions masquées du continent, portées presque exclusivement par des figures masculines, le Gèlèdè est une célébration explicite du pouvoir des femmes, et tout particulièrement des mères et des femmes âgées.
Une tradition rituelle au service des femmes
Le culte du Gèlèdè repose sur une croyance centrale dans la cosmogonie yoruba : les femmes, en particulier les mères (“Iya”), détiennent un pouvoir mystique appelé “aje”, capable d’agir aussi bien pour le bien que pour le malheur de la communauté. Les cérémonies Gèlèdè, qui associent danse, musique et port de masques sculptés, ont pour fonction d’honorer ce pouvoir féminin, de l’apaiser et de s’assurer sa bienveillance envers le village.
Les masques eux-mêmes, souvent peints de couleurs vives, représentent des visages sereins surmontés de superstructures figurant des scènes de la vie quotidienne, des animaux ou des symboles de statut social. Ils sont portés exclusivement par des hommes, qui dansent au rythme des tambours lors de cérémonies pouvant durer toute une nuit.
Un patrimoine reconnu par l’UNESCO
En 2001, le patrimoine culturel Gèlèdè a été proclamé chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO, une reconnaissance qui a contribué à documenter et à transmettre une tradition menacée par l’urbanisation et le recul des pratiques rituelles traditionnelles dans certaines régions.
Une source d’inspiration pour l’art contemporain
Au-delà de son contexte rituel d’origine, l’esthétique Gèlèdè continue d’irriguer la création contemporaine : de nombreux artistes plasticiens, stylistes et designers africains puisent dans ce répertoire de formes pour interroger, à leur tour, les rapports de genre et la place des femmes dans les sociétés ouest-africaines. Cette capacité des traditions ancestrales à nourrir une création résolument actuelle est au cœur des sujets que la Fondation Tano Kora aime mettre en lumière à travers ses actions de valorisation du patrimoine artistique africain.