Une ruelle bleue et blanche de Sidi Bou Saïd, en Tunisie. Photo : Wikimedia Commons.
À quelques kilomètres au nord-est de Tunis, perché sur une falaise dominant le golfe de Tunis, le village de Sidi Bou Saïd est devenu, en un peu plus d’un siècle, l’un des symboles visuels les plus reconnaissables de la Tunisie. Ses ruelles pavées, ses maisons aux murs immaculés et ses portes cloutées bleu profond attirent chaque année des centaines de milliers de visiteurs.
Un village façonné par le baron d’Erlanger
Si le village existe depuis le Moyen Âge, autour du sanctuaire du saint soufi Abou Saïd, son identité visuelle actuelle doit beaucoup à un homme : le baron Rodolphe d’Erlanger, musicologue et peintre d’origine française installé à Sidi Bou Saïd au début du XXe siècle. Séduit par l’architecture locale, il impose au village une charte esthétique stricte imposant le blanc pour les murs et un bleu particulier — proche du bleu outremer — pour les portes, volets et ferronneries.
Cette réglementation, toujours en vigueur aujourd’hui, a permis de préserver une cohérence architecturale rare, faisant de Sidi Bou Saïd un cas d’école en matière de protection du patrimoine bâti face à la pression touristique et immobilière.
Le bleu et blanc, une signature devenue identité nationale
Le contraste entre le bleu et le blanc de Sidi Bou Saïd a dépassé les frontières du village pour devenir un motif esthétique associé à la Tunisie tout entière, repris dans l’artisanat, la mode et la décoration intérieure bien au-delà de la Méditerranée. Cette esthétique a également influencé des générations d’artistes et de photographes venus du monde entier chercher, dans la lumière particulière du village, un sujet à la fois pictural et documentaire.
Un carrefour méditerranéen et africain
Sidi Bou Saïd rappelle une évidence géographique parfois oubliée : la Tunisie est aussi un pays africain, à la croisée du monde arabe, de la Méditerranée et du continent subsaharien. Cette circulation des formes et des influences, entre rive nord et rive sud de la Méditerranée, entre en résonance avec la vocation de la Fondation Tano Kora de faire dialoguer les patrimoines culturels africains dans toute leur diversité géographique.
